7 jours de road trip en Bosnie-Herzégovine,
la merveille oubliée des Balkans
Récit d’un itinéraire aussi inattendu que merveilleux dans une destination encore délaissée des touristes
Encore quelques semaines avant de partir pour un road trip en Bosnie-Herzégovine, je n’avais jamais pensé à voyager dans cette destination. Ça fait une dizaine d’années maintenant que le voyage prend une place relativement importante dans ma vie. Mais malgré tous mes périples aux quatre coins du monde, je ne me souviens pas avoir jamais rencontré quelqu’un qui a visité la Bosnie, ou même qui m’a conseillé d’y aller.
Pourtant, les Balkans, c’est une région qui grimpe en popularité en Europe depuis pas mal de temps déjà. J’avais d’ailleurs eu l’occasion de m’en rendre compte cet été, lors d’un itinéraire d’une semaine en Albanie. J’avais alors été surpris de voir à quel point cette destination, décrite par beaucoup comme méconnue des voyageurs, s’est déjà bien adaptée à l’afflux des touristes de ces dernières années. Et il en est de même pour la Croatie, la Slovénie, le Monténégro ou la Grèce, loin d’être des petits paradis cachés.
Mais dans le lot, il y a un pays qui semble encore bien moins visité que ses voisins : la Bosnie-Herzégovine. Alors, je me suis demandé pourquoi. Et pour le découvrir, j’ai décidé d’y passer une semaine de road trip. Spoiler : je n’ai pas été déçu.

Jour 1-2 | Jajce
Allons à la découverte de la campagne bosnienne
À peine arrivé à Sarajevo, je récupère mon véhicule de location (une Fiat Panda) et je m’éloigne déjà de la capitale. Un retard d’avion m’a obligé à accélérer ce début de programme, et, pour cet itinéraire, ce n’est pas tant la visite de la principale ville du pays qui m’intéresse. Je ne doute pas qu’elle soit d’un grand intérêt, sa riche histoire le prouve d’ailleurs, mais ce sera pour un autre road trip. Ce qui m’excite surtout, c’est l’idée de découvrir les petits villages et les paysages plus naturels du pays.
Ce voyage débute donc à trois heures de route de la capitale, dans la petite ville de Jajce. Avant de passer à l’exploration des lieux, je dois d’abord vous raconter mon arrivée au premier logement, parce qu’elle fait partie intégrante de ce voyage. J’ai choisi de résider un peu à l’extérieur de la ville, dans une petite maison d’hôtes. Ma première rencontre en Bosnie-Herzégovine est donc le propriétaire des lieux, qui m’accueille entouré de tous ses animaux : deux chiens, trois chats et une vingtaine de… vaches écossaises (highlands) ! Il me montre aussi comment il distille son propre alcool, comment il coupe (à la hache) son bois pour le feu, tout ça au milieu des champs. Pas de doute, on est bien dans la campagne bosnienne.





Jajce, un petit centre historique et une étonnante cascade
Le lendemain, cap sur la découverte de Jajce. La ville dispose surtout d’un petit centre historique, qui se parcourt assez rapidement, et d’ une étonnante cascade naturelle qui délimite la frontière de la ville. La météo du jour ne fait pas honneur au lieu, mais ça reste très agréable de s’y balader. Et puis surtout, c’est dans cette région du pays que la gastronomie locale m’épate le plus.

Un petit peu en dehors de la ville, je visite les moulins de Mlinčići, un ensemble d’une dizaine de petits moulins à eau installés sur la rivière. C’est plutôt mignon, mais ce qui m’intrigue surtout, c’est le lac qui se trouve juste à côté. On est en plein cœur de l’automne et très clairement, ce n’est pas la saison la plus touristique dans le coin, encore moins en bord de lac. Je devine très vite qu’en été, l’endroit doit être assez animé. Mais en ce mois de novembre, il y règne une ambiance très particulière. Tout est encore là pour les activités estivales… mais tout est laissé à l’abandon ! Les canoës, les pédalos et même les verres à cocktail semblent attendre patiemment le retour des beaux jours. On pourrait croire que l’été s’est arrêté hier et que personne n’a eu le temps de ranger quoi que ce soit. Avec uniquement quelques chiens errants qui gardent les lieux, tout ça crée une atmosphère très atypique. J’ai l’impression de déambuler dans un village de vacances abandonné après une attaque de zombies.



Je m’arrête quelques instants pour admirer le lac de Rama un peu plus loin, tout aussi désert à cette période de l’année, et je reprends ensuite la route vers le sud du pays. Direction Mostar, sans doute la ville la plus prisée par les touristes en Bosnie-Herzégovine. Le contraste entre les deux régions est saisissant. Sur le chemin, l’automne semble progressivement laisser sa place au printemps. Plus Mostar s’approche, plus les arbres perdent leurs tons orangés. Tout devient plus vert et le ciel s’éclaircit. La météo n’y est sans doute pas étrangère, mais j’ai l’impression qu’en trois heures de route, je ne suis pas seulement entré dans une autre région du pays. J’ai carrément découvert une autre saison.
Jour 3-5 | Mostar et ses environs
Un centre historique séparé en deux par la Neretva
Si Mostar attire autant la plupart des (rares) touristes qui s’aventurent en Bosnie en cette saison, c’est parce qu’elle est souvent considérée comme l’une des plus belles villes du pays. Son centre historique tout droit sorti des temps médiévaux est tout à fait charmant, quoique fortement habité par les boutiques de souvenirs.
Mais le symbole de la ville, c’est son pont en arc de cercle qui relie les deux rives de la Neretva, le principal fleuve du pays. Hérité du 16e siècle, il a été détruit par les forces croates pendant la guerre en 1993, avant d’être reconstruit à l’identique quelques années plus tard. Aujourd’hui, il est, en plus d’être l’un des spots les plus photographiés du pays, un coin privilégié des plongeurs. En été, ils sont nombreux à se jeter dans le fleuve vingt mètres plus bas. Malheureusement pour moi, avec les températures plus fraîches de cette saison et le nombre de touristes plus réduit, personne ne semble motivé à sauter pour le moment.

Počitelj, Blagaj et les cascades de Kravica
Ce qui fait aussi tout l’intérêt de Mostar, c’est la quantité de lieux d’intérêt à proximité de la ville. Ce n’est clairement pas ce qui manque dans le coin.
Mon exploration des environs commence aux cascades de Kravica, à une heure de route de Mostar. Pour des cascades dont je n’avais jamais entendu parler avant de partir, je les trouve franchement impressionnantes. Moi qui suis un grand amateur de cascades, je me régale. Kravica me fait beaucoup penser aux cascades de Plitvice en Croatie. La foule de touristes en moins. Même si on est hors-saison, le contraste n’en reste pas moins saisissant. Et je pense que Kravica n’a pas grand-chose à envier aux cascades des pays voisins.



Prochain arrêt, Počitelj. Je ne sais plus très bien comment j’ai découvert l’existence de ce petit village accoudé sur la montagne au bord du fleuve, mais une chose est sûre, ça valait le coup de s’arrêter ici. J’ai vraiment l’impression d’avoir débarqué dans une autre époque. Počitelj semble avoir traversé les âges et survécu à tous les déboires de l’Empire Ottoman. Une forteresse vieille de plus de 500 ans surplombe la ville et les petites maisons en pierre semblent être restées intactes depuis des centaines d’années.
La dernière étape du road trip du jour est le petit village de Blagaj. Dans le coin, c’est principalement la tekija (une sorte de monastère) qui attire les curieux. Niché au pied d’une impressionnante falaise, l’endroit est très imposant. Encore une fois, j’ai l’impression d’avoir fait un voyage à une autre époque. Il n’y a pas à dire, Mostar mérite bien sa réputation.




Jour 6 | Konjic
Encore et toujours des ponts sur le fleuve
Entre Mostar et Sarajevo, où je déposerai le véhicule de location à la fin du road trip, je passe deux nuits à Konjic. La ville me fait penser à Mostar, avec un petit peu moins de touristes et plus de locaux qui animent les rues. De nouveau, la Neretva traverse la cité, chaque rive étant reliée par l’un ou l’autre pont à l’allure médiévale. Je retrouve un peu l’ambiance du début de voyage : un petit centre historique où je suis quasiment le seul touriste, et tout autour, une campagne magnifique, avec le fleuve qui traverse les montagnes. Mais si j’ai choisi de m’arrêter ici, c’est surtout parce que pour le dernier jour de ce voyage, je pars explorer le plus haut village de toute la Bosnie-Herzégovine : Lukomir.

Jour 7 | Lukomir
Les montagnes à perte de vue
Quand j’ai appris qu’il existait en Bosnie un petit village perché au milieu des montagnes, dans un décor incroyable, je n’ai pas hésité longtemps.
Lukomir est le village le plus haut en altitude de tout le pays. Planté au milieu de nulle part avec uniquement les montagnes à perte de vue, il est un de ces endroits qu’on ne pense voir qu’au cinéma. En été, il n’est pas très compliqué d’y accéder. La route qui y mène n’est pas en très bon état, mais elle se fait sans problème avec n’importe quel véhicule. Par contre à cette période de l’année, c’est presque mission impossible sans 4×4. Alors autant vous dire qu’avec ma petite Fiat Panda de location, j’abandonne vite cette option. Mais il m’en faut plus pour renoncer à l’idée de visiter cet endroit.



Si accéder à Lukomir en voiture est compliqué, rejoindre le village d’Umoljani, par contre, ne pose pas vraiment de problème. Et vous savez quoi ? Il n’y a que huit kilomètres qui séparent les deux villages. Ce qui fait un peu moins de trois heures de marche dans les montagnes. Trois heures pendant lesquelles je ne crois pas la moindre âme qui vive, si ce n’est un chien, qui fait office de guide pendant tout le trajet. Une fois arrivé à Lukomir, j’apprends d’ailleurs qu’il est en réalité nourri et logé par le seul bar-restaurant ouvert en cette saison. Et que tous les jours, il s’amuse à escorter les randonneurs jusqu’au resto. Si ça ce n’est pas du marketing de qualité, je ne sais pas ce que c’est !
Le décor à Lukomir est tout simplement irréel. C’est fou de se dire qu’il y a encore quelques semaines, avant de partir pour ce road trip, je n’avais jamais entendu parler d’un tel endroit. La Bosnie-Herzégovine aura, décidément, été une surprise incroyable jusqu’au bout. Après un itinéraire d’une semaine dans le pays, je comprends maintenant qu’on est bien ici face à une destination aussi méconnue qu’incroyable. La Bosnie semble bel et bien être une merveille oubliée des Balkans. Par contre, je me demande toujours pourquoi elle est autant boudée par la plupart des touristes.




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