Trois jours à Ala Kul : tout savoir sur le plus célèbre trek du Kirghizistan
3 jours de trek dans les montagnes, en route vers
l’un des plus beaux lacs glaciaires du Kirghizistans
C’est un peu en dernière minute que s’est planifié mon voyage au Kirghizistan. Quand j’ai appris sur le tard que ma demande d’accréditation pour les World Nomad Games 2026 a été acceptée, je me suis dit que, quitte à me rendre dans ce petit pays d’Asie Centrale, autant ne pas se contenter des Jeux Nomades.
Alors, sans trop y réfléchir, j’ai ajouté un trek de trois jours sans guide autour du lac Ala Kul à mon itinéraire. Cette randonnée a beau être l’une des plus populaires au Kirghizistan, ça n’a pas été si simple de trouver toutes les infos nécessaires. Est-ce dangereux de faire ce trek en solitaire ? Comment réserver les logements ? Quelle distance de marche ? Quelles conditions météo ? Quelle difficulté ? Combien ça coûte ?
Donc, puisque j’ai passé pas mal de temps à combiner toutes ces infos, j’ai décidé de regrouper tous les détails pratiques (et mon retour d’expérience) jour par jour sur le fameux trek Ala Kul. C’est parti ! D’ailleurs, si vous souhaitez voir à quoi ressemble le trek (et le Kirghizistan), je vous invite à regarder les vidéos ci-dessous.
Préparation
Comment rejoindre Karakol et le départ du trek ?
La première chose à faire, c’est bien sûr de rejoindre Karakol, la petite « ville » (ou gros village ?) qui fait figure de camp de base pour les randonneurs. Des marshrutkas (sorte de minibus partagés) et bus partent régulièrement depuis Bichkek, la capitale du Kirghizistan, et Almaty, au Kazakhstan. Dans les deux cas, comptez entre six et sept heures de trajet. Pour les bus, il vaut mieux réserver la veille du départ en ligne ou via diverses agences. En revanche, les marshrutkas peuvent être empruntés à plus ou moins n’importe quelle heure de la journée, sans réservation.

Au départ, c’est cette deuxième option que j’avais privilégiée. Je comptais me rendre à la « NEW Bishkek bus station » de bon matin pour filer à Karakol. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait pour le retour. Mais, alors que mon plan marshrutka était prêt, j’ai rencontré trois autres voyageurs qui comptaient aussi faire le trajet Bichkek-Karakol le même jour… mais en taxi ! Comme le prix n’était pas tant plus élevé pour un confort franchement amélioré, je me suis laissé tenter. On a payé un peu moins de 15€ par personne, contre 7€ pour le marshrutka (un supplément est parfois demandé pour les bagages). Cinq heures plus tard, nous voici donc à Karakol.
Que prendre dans son sac à dos ?
À mon sens, Karakol ne dispose pas d’un intérêt touristique immense au Kirghizistan. Elle sert surtout de point de départ pour les randonneurs avant de s’aventurer un ou plusieurs jours dans les montagnes. Alors, après avoir brièvement fait le tour de la ville, visitant au passage le bazar et la très jolie cathédrale de la Sainte-Trinité, je commence surtout à préparer mes trois jours de trek à Ala Kul, en commençant par concocter mon sac à dos.
Histoire de ne pas marcher avec trop de poids sur le dos, je laisse une partie de mes affaires dans ma guesthouse à Karakol. Du côté des vêtements, outre les habituels t-shirts et sous-vêtements pour trois jours, je prends un sous-pull thermique, un pull et une veste de pluie. J’ai pas mal hésité sur la quantité de vêtements chauds à prendre avec moi en ce mois d’août et, honnêtement, j’ai quand même eu assez froid par moments, mais j’y reviendrai. Je prends aussi soin d’emmener un maillot avec moi, puisque le trek se finira aux sources chaudes d’Ak-Suu. Cela dit, j’ai appris plus tard que l’établissement proposait des maillots à la location.

Quid de la nourriture ? À moins de faire ce trek en totale autonomie, vous aurez droit au petit-déjeuner et au repas du soir dans les yourtes sur le chemin. Sur les sentiers, il y a ici et là des petites échoppes qui proposent aussi de vous nourrir en milieu de journée, mais histoire d’être le plus libre possible, autant prévoir de quoi faire. Et puis, quoi de mieux que de déjeuner en pleine nature dans les montagnes ? Pour ce qui est de l’eau, j’avais avec moi une gourde filtrante, que je remplissais directement à la rivière, et j’ai pu acheter des bouteilles d’eau dans les camps de yourtes.
Où dormir et comment réserver ?
Avant de me lancer sur les sentiers, il me reste à organiser l’itinéraire précis. Le plus courant, c’est de parcourir le trek d’Ala Kul en trois jours mais, si c’était à refaire, j’ajouterais un jour de plus pour couper la deuxième étape en deux.
Le parcours forme une boucle au départ de Karakol. La plupart des randonneurs dorment en yourte, même s’ils sont aussi nombreux à le faire en autonomie avec une tente. Ça nous fait donc deux nuits dans les camps de yourtes, à la fin des premières et deuxièmes étapes, la troisième se concluant à Karakol. Bien qu’il soit possible de simplement se présenter sur place sans réservation, en faisant le tour des propriétaires pour trouver une couchette disponible, j’ai préféré assurer le coup. Très peu de campements sont présents sur les sites de location, donc le plus simple, c’est de simplement les contacter via WhatsApp. La plupart des camps de yourtes sont indiqués sur Google Maps avec leur numéro de téléphone. Il suffit donc de leur envoyer un message avant de partir pour s’assurer qu’ils peuvent bien vous accueillir.



Bien, à présent, c’est parti pour l’aventure dans les montagnes du Kirghizistan.
Jour 1 | Karakol – Sirota Camp | 16 km – 4h45 de marche
Comment rejoindre le début du sentier ?
Il y a deux options pour rejoindre le début du trek. La première, c’est de monter à bord d’un marshrutka à Karakol, jusqu’à l’entrée du parc national. Il est ensuite nécessaire de marcher 3 km le long d’une route goudronnée, jusqu’à atteindre le véritable point de départ de la randonnée. L’autre option, moins économique, mais qui évite une bonne heure de marche assez inintéressante, c’est de prendre un taxi jusqu’au « Second Bridge ». De là débute véritablement le sentier de randonnée, bien que vous y trouverez encore des 4×4 prêts à vous emmener un peu plus loin contre quelques euros.
L’étape la moins intéressante, ah bon ?
En préparant ce trek, j’avais lu sur différents blogs voyage et autres sites touristiques que la première journée n’était franchement pas la plus intéressante. Pourtant, je me suis retrouvé à m’arrêter toutes les dix minutes pour admirer la vue !




Le sentier longe la rivière sur les premiers kilomètres. Le dénivelé n’est pas très important, le soleil brille et franchement, quel kif ! Un torrent d’eau s’écoule depuis les glaciers, donnant à cette rivière un débit des plus impressionnants. Derrière elle, les vaches et les chevaux gambadent en semi-liberté, tandis que les hauts sommets enneigés s’élèvent par-dessus les cimes des sapins.
Après un peu plus de deux heures de marche dans ce décor de rêve, le sentier bifurque subitement sur la gauche. Un petit pont m’emmène entre les arbres. Ce n’est ensuite que de la montée jusqu’au Sirota Camp. Ce qu’on appelle « Sirota Camp » est en réalité une multitude de petits campements différents qui se chevauchent les uns les autres. De mon côté, c’est au Nomad Camp que je passe cette première nuit, dans une yourte partagée avec six autres randonneurs.

Jour 2 | Sirota Camp – Ala Kul Pass – Altyn Arashan | 15 km – 9h30 de marche
Entre pluie et neige dans les montagnes
Après une nuit relativement reposante, je suis réveillé par la pluie qui s’abat sur le toit de notre yourte. L’orage s’est invité durant la nuit et, malheureusement pour moi, il a prévu de s’installer pour toute la matinée. On annonce même de la neige plus loin sur les chemins.
Les conditions météo ont beau ne pas être des plus enthousiasmantes, il me faut bien me mettre en marche. Cette deuxième journée est la plus longue. Elle me réserve une dizaine d’heures de marche, avec 1200 mètres de dénivelé positif et autant en négatif, donc je ne dois pas trop tarder.
J’entame l’ascension avec ma cape de pluie sur le dos et une volonté un poil entachée par la pluie. Je grimpe pendant une bonne heure avant que les gouttes ne laissent leur place aux flocons. Quand j’aperçois enfin le lac Ala Kul, je découvre un paysage totalement enneigé, où le blanc environnant n’est interrompu que par le bleu étincelant du lac. En plein mois d’août, je ne m’attendais pas vraiment à tomber sur ça.


Des montées raides, mais des paysages sublimes
À 3560 mètres d’altitude, avec la neige qui me frappe de face, il fait assez froid. S’arrêter trop longtemps pour admirer la vue n’est pas une option. Je reprends la route, mon corps se réchauffe à force de marcher et, assez rapidement, la neige finit par s’interrompre. Les nuages s’éparpillent quelque peu, laissant entrevoir les montagnes tranchantes du Kirghizistan, à mesure que je continue de grimper.
J’atteins le point culminant, à 3920 mètres d’altitude, après une dernière montée très raide jusqu’au sommet de l’Ala Kul Pass. De là, une vue imprenable sur les deux versants de la crête d’Ala Kul me récompense.



Cela fait déjà six heures que je marche et j’ai encore 1300 mètres de dénivelé négatif jusqu’à Altyn Arashan. En redescendant la vallée, juste au pied de l’Ala Kul Pass, je tombe sur un campement de yourtes niché au pied des montagnes. Si je n’avais pas déjà réservé la nuit à Altyn Arashan (et la suivante à Karakol), j’aurais aimé m’y arrêter. Autant pour reposer un peu mes pauvres jambes que pour profiter davantage de ce sublime paysage. D’ailleurs, à moins d’être pressé par le temps ou de privilégier la performance physique, je recommanderais plutôt cette option.
Mais fini de rêver, je continue ma descente, alternant entre les petits camps de yourtes, les chevaux en semi-liberté et les vallées verdoyantes. J’arrive finalement au bord d’une nouvelle rivière, que je longe jusqu’à Altyn Arashan, où j’arrive en début de soirée, après 9h30 de marche.
Jour 3 | Altyn Arashan – Ak Suu | 17 km – 5h15 de marche
Dernière étape tranquille
Depuis une petite chute la veille, mon genou me fait quelque peu souffrir en cette troisième matinée. Heureusement, cette dernière journée est la plus tranquille. 17 km sont au programme, mais avec très peu de dénivelé. Et à l’arrivée, les sources chaudes d’Ak Suu récompenseront mes trois jours de marche.
Je quitte le Bulak-Say Yurt Camp, où j’ai passé une très bonne nuit, assommé par l’effort, et je me remets en route. Le petit village d’Altyn Arashan est accessible en voiture. Ce ne sont plus vraiment des traces de randonnée que j’emprunte, mais plutôt de larges chemins de terre. En fin de journée, ils se transformeront même en routes goudronnées.




Les paysages de ce dernier jour ne sont pas les plus grandioses, mais ils m’offrent un beau retour progressif à la civilisation. Les sapins et les montagnes laissent petit à petit place aux maisons du village d’Ak Suu, puis aux tant attendue sources chaudes. J’enfile mon maillot. Je plonge dans l’eau bouillante. Je laisse enfin mes muscles se détendre et j’admire, au loin, ces montagnes dont j’étais si proche il y a encore quelques heures. Ensuite, je monte à bord d’un marshrutka pour rentrer à Karakol.

Conclusion
3 jours ou 4 jours ? Seul ou avec un guide ? Quelle difficulté ?
Alors, quel bilan dresser de ces trois jours sur le trek Ala Kul ? D’abord, j’ai enchaîné les paysages magnifiques, passant d’une rivière à une vallée verdoyante, du pied des montagnes aux sommets enneigés. Rien que pour ça, je ressors très heureux de ces trois jours.
Ensuite, quels conseils j’ai à donner après tout ça ? Comme je l’ai dit plus tôt dans le texte, si c’était à refaire, j’essaierais d’organiser le trek sur quatre jours plutôt que trois, histoire d’alléger un peu la deuxième étape et de profiter davantage des merveilleux paysages du Kirghizistan.
Parlons un peu de la difficulté à présent. Le deuxième jour n’est clairement pas des plus simples. Je ne suis pas le randonneur le plus aguerri du monde, mais j’ai tout de même quelques expériences de trek à mon actif, et ces 9h30 de marche du Sirota Camp à Altyn Arashan étaient parmi les plus intenses de ma jeune vie. La pluie et la neige ne m’ont sans doute pas facilité la tâche, mais il n’empêche que ce n’est pas un sentier à mettre entre les chaussures de rando de n’importe qui.
Ceci dit, les premières et deuxièmes journées ne comportent pas de difficulté majeure. En coupant en deux étapes la deuxième journée, ce trek reste accessible à quiconque possède une petite expérience de la montagne. Les sentiers sont très bien balisés et de nombreux randonneurs les parcourent en été. J’ai rarement passé plus de quelques dizaines de minutes sans croiser d’autres marcheurs, la quasi-totalité effectuant ce trek sans guide.
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